Publié le 01/08/2018 dans Entrepreneuriat, Incubation, Innovation

Réaliser son prototype : les incubés d’EuraTechnologies racontent leur expérience chez TechShop Lille

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Pour réaliser leur prototype d’innovation hardware, les incubés du programme Start ont un accès gratuit chez TechShop Ateliers Leroy Merlin de Lille. Dans ce fab lab, à la fois atelier collaboratif et espace de formation, les porteurs de projet apprennent à manier outils et machines. Des coachs techniciens y réalisent un accompagnement sur-mesure.

« Nous sommes entrés chez TechShop pour vérifier les hypothèses techniques de notre produit » explique Mona Cathelin, CEO de Sublissime. Elle et son associé Lucas Boucher ont conçu un studio photo transportable avec plateau tournant. « Mais notre idée de diffusion de la lumière n’était clairement pas la bonne. Il fallait un trop grand nombre de sources lumineuses, des LEDs, donc ce n’était pas économiquement rentable. »

Il leur a fallu travailler sur plusieurs prototypes avant d’arriver à une version aboutie. « Maintenant, nous avons un produit que nous sommes capables de fabriquer avec un rendu vendable, en tenant compte des contraintes d’assemblage et de finition » confirme la jeune-femme.

Le TechShop : une usine 2.0

« C’est à la fois un espace de coworking d’artisan et à la fois un atelier numérique » résume Julien Ignaszewski, directeur du TechShop de Lille. « Une usine 2.0 ouverte à tous, si on veut.» Le bâtiment de 2400 m2, un ancien lycée professionnel, abrite 10 ateliers thématisés et 150 machines et est le plus grand TechShop d’Europe.

« Aujourd’hui, les porteurs de projet ont besoin de réaliser rapidement et concrètement un prototype. Chez TechShop, ils trouvent aide et conseil pour le faire » continue le directeur.

Imprimantes 3D, machines à coudre, brodeuses, machines de découpe du bois, du textile et du cuir, thermoformeuses, fraiseuses, fers à souder… l’offre élargie de machines et outils ouvre de grandes possibilités. Par exemple, on peut y fabriquer de A à Z tout type d’objet et spécialement son objet connecté : de la carte électronique au boîtier en plastique ou encore des éléments de packaging avec les logiciels de graphisme et les imprimantes disponibles.

prototype startup incubateur

 

Roman Palangié, qui a créé ArtGile, des collections d’objets dérivés où figurent des œuvres d’artistes, a intégré le programme d’incubation en septembre 2017. « L’avantage d’EuraTechnologies est d’être au cœur de la création d’entreprise, celui du TechShop est d’être une communauté de techniciens et de makers. La combinaison des deux est géniale. »

Un lieu propice aux prototypes

« Sans leur appui, je n’aurai pas été capable de réaliser mon prototype » approuve Thierry Tribouilloy. Cet autre incubé du programme Start d’EuraTechnologies a conçu un step connecté baptisé IDSTEP. « La partie en élastomère du coussin gonflable a été facile à réaliser, car je travaillais précédemment dans le domaine de la Recherche & Développement dans l’élastomère. C’est la mise au point du capteur connecté et de ses réglages qui a été plus minutieuse. »

Le TechShop de Lille, ouvert en mai 2017, accueille une vingtaine d’incubés d’EuraTechnologies et Blanchemaille pour le commerce connecté. « Le lieu attire majoritairement des professionnels : startuppers, porteurs de projet, artisans. Ils viennent y tester leur idée » précise Julien Ignaszewski.

Ici, ils y réalisent plus rapidement leur prototype, en moyenne entre 2 et 6 semaines, comparé aux autres dispositifs existants et payants.

« Prototyper est un vrai parcours du combattant. Le porteur de projet doit trouver le bon bureau d’études, fournir des documents très précis puis passer par un centre de prototypage. Or, souvent il n’a ni les moyens financiers ni les connaissances techniques pour définir au mieux son besoin » poursuit M. Ignaszewski.

Après une carrière dans le conseil marketing, Xavier Lucron se passionne pour la conceptualisation d’objets connectés. Il a imaginé Zocus : un assistant personnel véritable « coach bien-être » au travail. En mai 2017, il intègre le programme d’incubation et bénéficie de l’accès à TechShop. «Cela m’a été bénéfique : il me manquait des connaissances pour réaliser de façon plus professionnelle le circuit électronique de mon objet connecté. »

Un espace de formation et d’apprentissage

fabriquer son prototype startup incubateurS’il est un espace de fabrication, le TechShop est également un espace de formation car il faut être obligatoirement habilité pour utiliser les machines. Une formation de 2 heures est requise avant d’utiliser une fraiseuse ou une découpeuse à bois par exemple.

Dans le cadre du programme d’incubation Start, les porteurs de projet ont accès à un « boost projet » de 3 mois d’utilisation illimitée du TechShop comprenant un volume de formation aux machines de 17 heures et un volume de coaching individuel correspondant à 12 heures.

« J’ai suivi plusieurs formations : électronique, impression laser, Photoshop et Illustrator pour les plans et images 3D pour des documents marketing » énumère Thierry Tribouilloy. « Le module électronique m’a beaucoup apporté : j’ai réalisé assez facilement le premier prototype avec Arduino, une plateforme open source pour créer des cartes électroniques. »

C’est également l’avis de Mona Cathelin : « Je me suis formée aux machines au fur et à mesure. Par exemple, j’ai utilisé l’imprimante UV pour personnaliser notre produit avec un logo de qualité d’impression professionnelle. »

Pierre-Grégoire Degritot, qui a mis au point le bracelet connecté Kompagn pour indiquer les obstacles aux mal-voyants à l’aide de capteurs ultrasons, a lui-aussi bénéficié de périodes d’apprentissage pendant son incubation. « Comme je n’ai pas le profil de technicien, j’ai suivi plusieurs formations : s’initier à coder, souder des composants, utiliser une imprimante 3D. »

 

 

Un accompagnement personnalisé

Dix coachs, techniciens professionnels, assurent le suivi des porteurs de projet. L’équipe compte des profils variés, entre autres : Cyrielle et Diane pour le bois ; Bilel pour les projets électroniques, Aloïs pour l’impression 3D, Yoann pour le textile, Louis-Marie pour les impressions ou encore Stéphane pour les objets connectés.  « Ils aident à la réalisation du prototype, interviennent dans la réalisation d’un cahier des charges ou donnent des astuces pour négocier avec ses prestataires » indique le directeur du TechShop.

L’intervention des coachs est parfois déterminante. « Je suis venu avec un projet en tête et ils m’ont mis en face des réalités techniques » raconte Roman Palangié. « Un tee-shirt avec une œuvre complète dessus n’est pas techniquement possible car l’impression ne peut pas être intégrale. J’ai dû écarter cette idée de produit ».

A chaque idée d’objet, correspond une multitude de machines et de techniques à employer. « Pour mon step connecté, je ne savais pas comment convertir le signal électrique en une information comprise par le capteur bluetooth. Le coach a trouvé une solution très efficace et nous avons travaillé pas à pas à sa réalisation. Nous y avons passé 6 heures en tout, l’électronicien et moi » commente Thierry Tribouilloy.

Chez TechShop, les porteurs de projet réalisent eux-mêmes leur prototype, dans l’idée du design thinking qui consiste à mener de front concrétisation matérielle et réflexion. Les deux étapes sont simultanées et successives pour une amélioration en continu, démarche par itération ; à la différence des processus classiques d’ingénierie où la phase de réalisation intervient après la réflexion.

Pour construire son boîtier connecté, Pierre-Grégoire Degritot a mis au point trois prototypes avant d’être pleinement satisfait. « Je voyais Stéphane, un des électroniciens, une fois par semaine pour discuter de quel type de composants acheter, de leur position dans le boitier et de la manière de bien les caler avec la batterie. Son accompagnement m’a beaucoup aidé. »

 

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La nécessité du prototype pour une startup

De l’idée à l’objet : le prototype reste un passage incontournable. Avoir l’objet entre ses mains permet d’évaluer sa facilité d’utilisation et sa fonctionnalité. « J’ai réalisé un prototype suffisamment performant pour le faire tester à une trentaine de malvoyants » explique Pierre-Grégoire Degritot. « Les retours sont positifs : ce n’est pas un gadget. Je peux donc me lancer dans sa réalisation. »

Julien Ignaszewski confirme : « Les techniciens professionnels réalisent des allers-retours constants aux porteurs de projet sur la bonne exécution du prototype et la possibilité d’une réalisation en série ». Car l’hypothèse du concepteur peut ainsi être juste mais la solution apportée inappropriée.

La concrétisation matérielle donne également des informations précieuses sur la chaîne de fabrication avec les coûts des matières premières et de production ou encore la meilleure technique d’assemblage à utiliser. La connaissance de chacun de ces éléments aide l’entrepreneur dans ses choix, dans l’optique du meilleur retour sur investissement possible, et d’une fabrication rentable.

« Sans prototype abouti qui valide les fonctionnalités de l’objet, il ne pourra convaincre investisseurs et partenaires » poursuit le directeur du TechShop.

L’entrepreneure Mona Cathelin et son associé Lucas Boucher acquiescent : « Les partenaires financiers nous suivent seulement si nous obtenons des préventes livrées. Un prototype fonctionnel est donc obligatoire. »

Un prototype donne envie : c’est un objet concret à monter sur un salon, à un rendez-vous client. « J’ai justement présenté mon dernier prototype de step connecté au dernier salon Maker Faire de Lille en février 2018 » retrace Thierry Tribouilloy. « Le public a directement donné son avis : c’est aussi l’avantage de pouvoir le montrer.»

Une communauté de makers

Les différents espaces du TechShop -ateliers, coworking, détente, boutique, librairie – facilitent les échanges et les rencontres. «On peut créer des équipes pour avancer ensemble. Par exemple, j’ai aidé des entrepreneurs pour imprimer sur de la soie » raconte Roman Palangié.

« Le réseau du TechShop est un formidable atout : on y trouve des conseils, on y crée des liens et on y découvre de nouveaux projets inspirants » s’enthousiasme Mona Cathelin. « La communauté contribue beaucoup à l’émulsion : elle apporte des infos et des nouveaux défis » renchérit Roman Palangié.

Un avis partagé par Thierry Tribouilloy : « Le Techshop est un environnement propice : au milieu de makers, on se dépasse car on met en commun nos questionnements et nos réussites. On peut arriver à un produit fini au top du top ».

 

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Un intérêt économique réel

« Nos tarifs mensuels permettent d’être beaucoup moins cher en comparaison avec tous les coûts supportés par un professionnel : location du local et achat de ses machines » annonce Julien Ignaszewski. Pour les porteurs de projet : l’accès à TechShop est gratuit et compris dans l’accompagnement Start by EuraTechnologies.

« Cela m’a couté uniquement le choix des composants. Si j’avais fait appel à des ingénieurs, j’aurai dû payer toute la prestation » abonde Pierre-Grégoire Degritot.

Réaliser ses prototypes à moindre coût, hors coût des fournitures, n’est pas le seul avantage du lieu. « Cela m’a permis de me rendre compte des difficultés industrielles : composants, fiabilité du produit, coût du produit fini. Ce sont des détails auxquels on ne fait pas attention en confiant la réalisation à un indépendant » décrit Roman Palangié.

« J’ai tous mes chiffres en tête : combien de temps de production, combien cela me coûte, combien de matériaux commander et à quel prix je peux les produire » conclut-t-il.

Pivoter naturellement

Le suivi de chaque incubé se fait en collaboration avec l’équipe du TechShop et les startups managers d’EuraTechnologies. Et en deux à trois mois, un projet évolue souvent spontanément. L’entrepreneur pivote alors vers une autre configuration ou utilisation de son objet ; voire change radicalement d’idée dans certains cas.

« Avoir le retour de professionnels est important pour un porteur de projet » rapporte M. Ignaszewski. « Le prototypage est la première étape vers l’industrialisation de l’innovation d’un porteur de projet. Sans prototype, il ne saura jamais si son projet est bien scalable. »

Après des tests qui n’étaient pas optimaux, Xavier Lucron a écarté la fabrication des boîtiers plastiques pour son assistant personnel. « Aujourd’hui, j’utilise des boitiers déjà existants et je fais la carte électronique moi-même. C’est à la fois plus simple et moins coûteux. »

 

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Les porteurs de projet incubés à EuraTechnologies ont réalisé leur prototype à TechShop Lille

L’objectif de la commercialisation

Le prototype est un des paliers à franchir : le but ultime étant la commercialisation de son innovation. « Grâce à mon prototype, je suis en mesure maintenant de fabriquer une présérie de 5 ou 10 pièces. Elle servira à une production à grande échelle » rapporte l’inventeur d’IDStep. La partie électronique, qui est plus compliquée, va nécessiter l’intervention de techniciens et d’électroniciens extérieurs. « Ensuite, il faut trouver le bon fournisseur, effectuer divers réglages et fixer la bonne quantité de produit pour que l’activité soit rentable » précise Thierry Tribouilloy.

Le prototype d’une innovation est seulement la première étape du long parcours vers la commercialisation. « Dès leur arrivée chez TechShop, nous indiquons aux porteurs de projet qu’il faut penser à l’industrialisation pour passer de la production de 1 à 10, 100 voire 1000 objets. Car personne ne peut vivre avec un seul objet » note M. Ignaszewski.

C’est une étape que s’apprête à franchir les associés de Sublissime. «Nous allons pouvoir réaliser la présérie de 100 exemplaires de notre campagne de crowdfunding. Maintenant, l’enjeu est d’être scalable pour industrialiser notre studio photo.»

Si certains entrepreneurs comme Pierre-Grégoire et Thierry notamment, comptent revenir chez TechShop dans les semaines ou mois qui viennent, d’autres y sont devenus résidents à temps plein. Ainsi Roman Palangié y poursuit le développement de son entreprise avant de s’installer dans des locaux définitifs. « Tous les jours, j’apprends quelque chose de nouveau chez TechShop : on met les mains dans le cambouis ! » résume Roman Palangié.

Les membres de TechShop Lille racontent en vidéo leur expérience :

Techshop : entre le fablab et le makerspace

Le concept du TechShop est né aux Etats-Unis en 2006. Le concept a été inventé par les entrepreneurs américains Jim Newton et Ridge McGhee. Dans de vastes ateliers, des outils professionnels et des machines industrielles sont mis à disposition de bricoleurs ou d’artisans moyennant un abonnement mensuel ; à la manière d’un club de sport. Ces lieux à la fois fablab, laboratoire de fabrication avec des outils numériques, et makerspace, atelier de bricolage, attirent de nombreux membres. Ils sont particuliers ou professionnels et viennent y réaliser des prototypes ou des petites séries d’objets. L’entreprise ouvre progressivement dix TechShop à travers les Etats-Unis.

Mais le modèle économique fragile, des grands bâtiments avec du matériel à l’amortissement long, et des erreurs de gestion provoquent la faillite de l’entreprise américaine en février 2018. A l’étranger, les sociétés sous licence TechShop continuent leurs activités comme Tokyo et Abou Dhabi. En France, c’est la chaîne de bricolage Leroy Merlin qui détient la licence sur le territoire. Après un lieu de 2000 m2 à Ivry-sur-Seine en 2015, le TechShop Ateliers Leroy Merlin a ouvert à Lille en mai 2017. Le 3e TechShop français, de 600 m2, est implanté dans le 13e arrondissement de Paris, à Station F, depuis 2018.

+ d’infos sur TechShop Lille

> Retrouvez les informations sur le programme d’incubation Start d’EuraTechnologies

>Les projets des incubés EuraTechnologies cités :
ArtGile,
Sublissime,
Zocus