Publié le 23/07/2018 dans Accélération, Innovation, Startups

«Nos algorithmes sont capables de traiter les données de millions de véhicules connectés» : Philippe Moulin, CEO DriveQuant

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A partir d’un smartphone, la technologie de DriveQuant analyse la conduite du véhicule, sa vitesse ou encore sa consommation de carburant. Le but ? Guider le conducteur et aider les gestionnaires de flotte de véhicules à mieux la piloter. Les données collectées sont ainsi utilisées au service de la maintenance prédictive : cette innovation a nécessité des années de recherche & développement dans le domaine des véhicules connectés.

Née dans l’esprit de Philippe Moulin, son CEO, en 2015, DriveQuant a vu le jour en tant que société en 2017. Après une gestation au sein de IFP Energies Nouvelles, DriveQuant a rejoint le parcours d’accélération Scale à EuraTechnologies en avril 2018. La société est spécialisée dans le traitement des données de véhicules connectés. Intelligence artificielle, sécurité des datas, expérience entrepreneuriale… L’éclairage de Philippe Moulin CEO de DriveQuant.

 

Comment l’intelligence artificielle est-elle au cœur de votre technologie ?

«La définition classique de l’Intelligence Artificielle ne s’applique pas tout à fait à Drive Quant. Clairement nous n’avons pas pour objectif de mimer le comportement d’un humain. En revanche chez DriveQuant, nous utilisons l’intelligence artificielle avec l’idée de calcul de données sur un grand nombre de paramètres. Nous entrons complètement dans la définition plus actuelle de l’IA qui désigne tout type de calcul complexe sur de grandes quantités de données. Nos algorithmes traitent ainsi un grand nombre de data complexes pour les rendre intelligibles. »

A quel rythme doivent évoluer vos algorithmes pour rester à la pointe de l’innovation ?

«En matière d’algorithmes, les fondements mathématiques existaient déjà il y a plusieurs dizaines d’années et évoluent lentement. C’est la technologie qui permet de réaliser les calculs qui, elle, se transforme rapidement. Aujourd’hui, il y a beaucoup de bruit autour de solutions de machine learning mais en réalité, elles se basent sur des techniques assez anciennes. La grande avancée concerne les technologies qui les rendent plus accessibles. Le meilleur exemple demeure le cloud qui possède des capacités de stockage et de calcul phénoménales.

Nos algorithmes sont capables de traiter de très grandes quantités de données de plusieurs millions de véhicules. Il y a 20 ou 30 ans, cela n’était pas envisageable !

Chez DriveQuant, le cœur du traitement des données passe par des serveurs dédiés ; avec des extensions possibles au moyen de ressources cloud automatisées. »

Votre parcours est atypique : chercheur pendant plus de 10 ans puis créateur d’entreprise. Pourquoi avoir fondé votre structure ?

« DriveQuant est une entreprise technologique qui fournit une technologie à nos clients. C’est pour cette raison qu’il est primordial de bien la comprendre. Nous avons construit l’entreprise en nous concentrant d’abord sur les aspects technologiques puis après sur le business. C’est pour cette raison que créer une startup dans le domaine des algorithmes est plus difficile pour quelqu’un qui a un profil purement entrepreneurial.

La recherche est toujours au cœur de mes préoccupations. Par exemple, DriveQuant a mis au point, avec IFP Energies Nouvelles et l’ADEME, l’appli Geco Air. C’est une carte qui montre en temps réel les émissions de polluants dans votre ville en fonction de votre moyen de locomotion.»

 

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Expliquez-nous comment fonctionne votre technologie DriveQuant dans un véhicule.

« Nous pouvons nous passer de boîtier en captant les données depuis le smartphone du conducteur ou de son accompagnateur. Le capteur GPS intégré dans les smartphones donne la vitesse et la position du véhicule. Il fait aussi office d’accéléromètre et de gyromètre. Notre technologie a moins de frein à l’installation par rapport à la concurrence qui elle préconise l’installation d’un boîtier dédié.

A la fin de chaque trajet, les data sont envoyées en 2-3 secondes : c’est instantané. Ensuite, le client, comme par exemple une compagnie d’assurance, peut établir des calculs et des classements.

Depuis avril 2018, vous êtes dans le programme d’accélération Scale d’EuraTechnologies. En quoi cela vous aide à grandir sur votre secteur et dans votre vision entrepreneuriale ?

«Venant du monde de la recherche, l’entrepreneuriat était nouveau pour moi. EuraTechnologies met à disposition un environnement mais aussi des interlocuteurs et un réseau pour m’aider dans mes réflexions.

Précisément, le parcours Scale m’aide dans la structuration de l’entreprise afin de passer d’une société innovante avec des chercheurs à une société qui vend sa technologie pour véhicules connectés. DriveQuant est aujourd’hui à une étape de son développement où il faut accélérer pour continuer à enrichir nos solutions et faire grandir notre business à l’international.

L’accélération passe principalement par une mise en relation avec d’autres entrepreneurs et des acteurs du monde de l’investissement. Nous arrivons à développer notre équipe technique et nos innovations parce que nous sommes financés et accélérés. »

Evoluer dans un univers de technologie de pointe implique d’être toujours innovant… avec une course dans la recherche, le dépôt de brevets, davantage d’ingénieurs… ?

«Comme notre technologie est en avance, heureusement peu de concurrents sont capables de reproduire exactement la finesse de nos algorithmes. Notre équipe technique de six chercheurs travaille en permanence sur l’innovation. En tant que filiale d’un institut de recherche (IFPEN), nous avons un partenariat à long terme avec ses chercheurs qui développent des technologies originales pour l’automobile connectée. A terme, DriveQuant sera capable de les intégrer dans ses solutions. »

app drivequantComment assurez-vous la sécurité des data, qui est devenue un sujet de préoccupation majeure au sein de la société en général ?

«Nous faisons plus que le cadre légal car cela va dans l’intérêt des sociétés pour qui nous travaillons. C’est un gage de confiance vis-à-vis de nos clients. Ainsi, les bases de données ne peuvent pas être accessibles de l’extérieur. Notre fournisseur OVH a mis en place des solutions contre les attaques et le piratage. Le niveau de sécurité correspond à ce qui se fait de mieux actuellement.
Et puis pour le client final, nous avons également un haut niveau d’exigence : nous n’exploitons pas les données dans un autre objectif que celui voulu par notre client. Concrètement, nous ne faisons aucun marketing ou revente de data.

Dans le cadre d’un contrat avec une compagnie d’assurance, seules les données strictement nécessaires pour calculer la durée d’utilisation du véhicule sont exploitées. »

Accélérer : mais jusqu’où ?

«Notre objectif est de devenir la référence du traitement des données des véhicules connectés. DriveQuant ne va pas rester sur le marché français, la prochaine étape sera européenne. Les technologies digitales n’ont aucun frein à leur développement : leur intérêt est justement d’avoir le plus grand nombre de clients possibles. Il n’y aucune raison de ne pas se développer en Asie par exemple !

Nous avons d’ailleurs ciblé des marchés prioritaires à l’international pour démarrer une prospection spécifique, essentiellement en nous rendant sur des salons internationaux. »

L’IFPEN

Créé en 1944, l’IFP Energies Nouvelles (IFPEN) est un organisme public de recherche et d’innovation. Il aide au développement d’innovations technologiques valorisables par l’industrie. Ses 1200 chercheurs travaillent dans les domaines de la mobilité et de l’énergie. L’IFPEN soutient la recherche scientifique et constitue une passerelle entre le public et le privé. Ses travaux concernent notamment la réduction des émissions de gaz à effet de serre des transports, la limitation de la dépendance au pétrole, l’amélioration des technologies d’électrification des véhicules et des algorithmes de contrôle embarqué.

Entreprises concernées